Entretien avec Marie-Cécile Alvarez-Hérault, maîtresse de conférences à Grenoble INP – Ense3, UGA, chercheuse au G2Elab et titulaire de la chaire SmartGrids et Gildas Besançon, professeur à Grenoble INP – Ense³, UGA, chercheur au laboratoire GIPSA-lab et titulaire de la chaire TwinHy, sur la façon dont la recherche se met au service de la transition énergétique.
En quelques mots, comment définiriez-vous les travaux de vos chaires respectives ?
Marie-Cécile Alvarez-Hérault :
L’électricité est aujourd’hui vue comme le levier principal de la décarbonation. La production et les usages s’électrifient massivement : renouvelable, mobilité, industrie, stockage, etc.. et cela pose de nombreux challenges pour les réseaux électriques. La chaire SmartGrids a pour objectif d’anticiper ces évolutions liées, en lien avec Enedis, le mécène de cette chaire.
Gildas Besançon :
La chaire TwinHy s’intéresse au développement de jumeaux numériques, plus spécifiquement pour la production hydroélectrique. L’objectif est de développer une réplique dans un environnement numérique, du fonctionnement des différents éléments d’une installation hydroélectrique, pour en optimiser notamment la maintenance. Ces travaux associent EDF Hydro, qui est le mécène de cette chaire.
En quoi le numérique peut-il aujourd’hui répondre aux enjeux de la transition énergétique ?
Gildas Besançon :
La finalité de ce jumeau numérique sur lequel nous travaillons est de mieux savoir comment fonctionnent les installations, pour mieux anticiper d’éventuels problèmes et améliorer le pilotage. La moyenne d’âge de ces ouvrages est de plus de 70 ans, ils ne sont donc plus tout jeunes, mais continuent encore de fonctionner et le numérique permet justement d’optimiser ce fonctionnement, pour être au plus près des besoins que nous avons, en matière de production hydroélectrique.
Marie-Cécile Alvarez-Hérault :
Pour que les réseaux puissent faire face à ces enjeux d’électrification massive, il faut parvenir à les piloter plus efficacement, pour les rendre flexibles. Le numérique permet d’observer et d’analyser ce qui se passe sur ces réseaux et de mettre en place des stratégies de pilotage afin d’améliorer leur protection, stabilité et résilience. Nous travaillons aussi sur l’utilisation de l’IA, notamment pour leur pilotage, en gardant à l’esprit qu’elle implique un coût énergétique fort et qu’il faut donc parvenir à trouver le bon équilibre dans son usage.
Comment l’alliance entre recherche et industrie permet-elle de répondre aux enjeux ?
Gildas Besançon :
Cette alliance donne un sens très concret aux travaux de recherche, elle permet aux chercheurs de formaliser des problèmes – et se projeter au-delà, en ancrage direct avec la réalité industrielle, et à l’inverse aux industriels, d’avoir un accès aux outils les plus avancés pour répondre à leurs besoins, mais aussi examiner des évolutions possibles en conséquence.
Marie-Cécile Alvarez-Hérault :
Les industriels nourrissent nos recherches au travers de leurs cas d’usage et des données réelles qu’ils nous apportent. C’est une approche vraiment complémentaire, qui permet également que les recherches ne restent pas dans les cartons et puissent être mises en application. La chaire crée un véritable lien et offre également la possibilité de développer un volet formation et vulgarisation, qui a notamment permis de lancer le MOOC « Réseaux électriques : Défis & Transition », qui est ouvert au grand public.
La chaire SmartGrids, qui a été lancée en 2012, vient justement de signer son renouvellement, en association avec son partenaire historique Enedis…
Marie-Cécile Alvarez-Hérault :
Ce nouveau renouvellement montre à quel point Enedis est partie prenante de nos recherches. Certains résultats de la chaire sont aujourd’hui mis en application et des travaux plus prospectifs permettent aussi d’alimenter la discussion et de se projeter dans l’avenir.




